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28/06/2016

PAYSAGES et VISAGES du MONOTHÉISME

PAYSAGES et VISAGES

du

MONOTHÉISME

 

Le Dieu de Bâle

 l’odyssée

 d’un couple missionnaire en Inde

 

Jean-Paul Haas

 

 sixième épisode

Indes anglaises.jpg

Les Indes anglaises au XIXe siècle (collection particulière)

 

 La piste des padris

 Droit devant nous : Bombay. Et puis, sous nos pieds, le sol indou ! Les surprises d’une métropole. Où l’on se demande comment le voyage va continuer. Mais M. Unterwalder fait le nécessaire. Où chacun s’en va de son côté, là où la Mission l’appelle. Douze chars à bœufs pour Hubli. Où la forêt tropicale se referme sur les voyageurs ébahis.

 

Jacques Welsch

journal de voyage

15 octobre 1871.

Le jour n’est pas levé, mais déjà notre vaisseau résonne du haut en bas d’un piétinement continu. L’équipage et le personnel, les officiers et les passagers de l’avant, mais nous aussi, les deuxièmes classes de l’arrière, tout le monde attend le jour avec impatience et avec lui le spectacle de la plus grande métropole des Indes qui s’éveille. Dans les cabines, la plupart des bagages sont bouclés.

Le navire ralentit, ralentit encore. Les matelots sont à leurs postes. Le pont est plein de monde. Gross me passe sa blague à tabac et dit :

— Tu devrais aussi t’en bourrer une… Ça calme les nerfs.

Ce que je fais, tandis qu’Eisele passe, une tasse de café chaud à la main, qu’il s’est procuré Dieu sait comment, sans doute chez M. Dépraz.

Devant nous, tout contre le bastingage, un couple se tient enlacé. C’est elle qui, soudain, s’écrie :

— Voilà, c’est Bombay !

Tout le monde regarde à l’est où le soleil s’est levé sans se montrer. Une brume laiteuse, accompagnée d’un vent chaud, barre tout l’horizon. Une immense presqu’île semble venir à notre rencontre. Vraiment, nous approchons de la terre ferme. La ville semble la couvrir sans fin, du nord au sud. Des milliers de lampes clignotent. Un petit phare marque sans doute l’entrée de la passe. Déjà le vent porte des bruits et des odeurs. Notre Helvetia ralentit encore, s’arrête presque. Par une échelle de corde, on voit le pilote grimper à bord. C’est aussi le premier qui s’approche vraiment de nous. D’ailleurs il se fait applaudir, tandis qu’il monte à la passerelle où le capitaine Krüger lui serre la main.

Le jour s’est complètement levé, le soleil est toujours absent. L’air est gris et lourd. Dans l’océan de maisons, grandes et petites, misérables et grandioses qu'on voit enfin distinctement, les lumières s’éteignent les unes après les autres.

Les machines rugissent et grincent. Un dernier mouvement latéral. Arrêt. Nous sommes à quai, nous sommes aux Indes. Mais on attend l’arrivée de la police et de la douane pour descendre les échelles de coupée. À notre grand étonnement, avec les premiers fonctionnaires en uniforme, on voit monter un gaillard en civil, bâti comme un lutteur. Nous apprenons très vite qu’il s’agit du délégué général de la Mission de Bâle à Bombay, Herr Uli Unterwalder. Il nous serre la main à nous écraser les phalanges. Son éclat de rire est formidable. Immédiatement et dans les heures qui suivent, nous apprenons que, grâce à lui, nous n’aurons quasi aucune formalité à remplir nous-mêmes. Herr Unterwalder va s’occuper de tout, mais vraiment de tout. Une fois à terre, Gross me montre le sol poisseux du quai et murmure :

— Tu vois, la Mission a pavé notre arrivée de bonnes intentions.

 16 octobre 1871.

Le siège de la Mission de Bâle à Bombay se trouve dans une rue perpendiculaire au « front de mer » où s’aligne interminablement un ensemble hétéroclite de bâtiments lépreux et de quelques palaces. À n’en pas douter, l’ouverture, il y a trois ans, du canal de Suez est en train de transformer ce quartier à proximité du port profond qui devient, grâce au canal, la véritable porte de l’Asie.

On nous a expliqué que la Mission a pu profiter de la conjoncture pour acheter ce gros immeuble — rez-de-chaussée en maçonnerie, deux étages en bois, peints en jaune clair — sur la façade duquel on a fixé récemment un gros placard où l’on peut lire en grosses lettres : « Basel Mission, Bord of Bombay, India ». En dessous, on arrive encore à distinguer sur le mur l’ancienne inscription : « British Trade Corp of oriental Indies ». Cette honorable société de commerce occupe maintenant, à un quart d’heure d’ici, un immeuble flambant neuf qui donne directement sur le port.

Tout le bas de notre « quartier général » a été transformé par M. Unterwalder en un immense dépôt. Un plancher en teck, huilé comme le pont d’un bateau, couvre toute la surface, murs et plafond sont blanchis à la chaux. Ici est rangé au sol ou sur de solides étagères murales un nombre considérable de colis, caisses, malles en osier, cantines en tôle, sacs marins et paquets en toile à voile solidement ficelés. Plus loin, des sacs petits et grands, des tonneaux, des paniers, des bonbonnes, d’autres caisses de toutes dimensions avec de grosses inscriptions « Basel Mission Switzerland ». Dès que l’Helvetia aura vidé ses cales, c’est ici que chacun de nous aura à reconnaître ses propres affaires et à prendre en charge le matériel qu’il aura à convoyer jusqu’à sa station missionnaire, point final de son voyage. Une grosse responsabilité. Au premier étage, on trouve l’ensemble des bureaux où travaillent une belle brochette d’indigènes, ferrés en comptabilité, secrétariat et gestion. M. Unterwalder et sa nombreuse famille logent au deuxième étage, occupé il y a encore peu de temps par un commerçant anglais.

Pendant notre séjour dans cette ville immense, grouillante de monde à vous donner le vertige, nous autres nouveaux arrivants, nous sommes en pension, logés et nourris, dans le grand bâtiment austère de la Mission de Londres. Les chambres sont confortables, mais la nourriture, très anglo-saxonne, nous fait regretter les bons petits menus qui nous étaient proposés à bord de l’Helvetia.

 Bombay, 20 octobre 1871.

Ça y est, ce matin, nos frères allemands sont partis vers le grand sud où se trouve leur champ d’activité, au pays du riz et des épices, alors que nous irons, Charles Gross et moi, vers les vieux volcans éteints où poussent le mil et le sorgho.

Eisele, Geng, Eberle et Waisling sont en route pour au moins trois semaines. Quinze voitures à bœufs précédées d’un chef guide à dos d’âne sont venues s’aligner au lever du jour devant le siège de la Mission. Une vingtaine de coolies (porteurs), noirs et maigres, ont chargé les bagages des missionnaires sortis de la cale de l’Helvetia, ainsi que de nombreux sacs et caisses destinés aux stations dont ils auront la charge dès leur arrivée. Waisling va renforcer la direction d’une station où se trouve déjà un couple de missionnaires européens. Eisele et les autres seront seuls avec un évangéliste, formé jadis à Hubli, le chef-lieu de la région pour laquelle nous partons demain, Gross et moi.

Uli Unterwalder nous a bien expliqué que les deux convois auraient pu, théoriquement, être chargés dans le train pour la première partie du trajet. Mais le transbordement qu’il eut fallu prévoir à mi-parcours eut signifié un risque énorme de pertes nombreuses, sans compter le prix important que demandent les chemins de fer pour tant de personnes et de marchandises. Notre administrateur a donc décidé une fois pour toutes de faire voyager dès le début tous les missionnaires ainsi que les marchandises par la piste.

— Sur des véhicules à traction animale, avec des conducteurs qui sont des gens de chez nous, c’est quand même plus rassurant ! fit-il avec un de ses rires énormes.

Il ne nous a pas caché que ce genre de voyage est fatigant et que l’on dort presque chaque nuit sous des moustiquaires que l’on installe sous les voitures tandis qu’un des conducteurs, chargé de veiller, entretient un ou deux grands feux pour chasser les insectes indésirables.

— … Et aussi les bêtes plus grosses qui peuvent être également mordantes, n’est-ce pas ? Ha, ha, ha !

Après Ayun qui nous a quittés à Alexandrie, après le départ des Allemands ce matin, nous restons, deux Alsaciens au milieu de cette métropole indoue de 250 000 habitants. C’est impressionnant quand même.

— Allons, dit Gross, ce soir nous irons tous les deux boire quelque chose dans un hôtel-restaurant français chic que j’ai repéré sur le front de mer. Histoire de dire adieu à la vieille Europe.

 20 octobre, 9 heures du soir.

Il y a longtemps que la nuit tropicale est tombée sur la ville. Nous sommes assis, Gross et moi, sur un banc en fonte, entre deux becs de gaz, dont la lumière blanche étonne. Il en est ainsi tout au long de Seaside road : quatre lanternes, un banc, quatre lanternes, un banc, avec de temps en temps un cocotier, la perspective se perdant au loin dans une courbe du grand port. Ce port de Bombay ! En plein travaux semble-t-il, ce qui ne gêne pas l’accostage des grands navires, tellement la surface est vaste et les eaux noires paisibles comme celles d’un grand lac.

Un moment donné, nous nous retournons pour observer la façade de l’Universal Palace, un hôtel-restaurant digne de Londres ou de Paris. On nous dit que c’est l’œuvre d’un architecte français qui y a risqué toute sa fortune depuis l’ouverture du Canal. Les voitures, les calèches, les tilburies vont et viennent, déposant sous l’imposante verrière du hall d’entrée des hommes en complet blanc, des femmes élégantes, des militaires. Tout à coup, une demi-douzaine de grooms en tenue safran et turbans écarlates, se précipitent et barrent momentanément la circulation. C’est alors que, sortant d’une rue latérale, apparaît un cortège d’éléphants, carapaçonnés de tentures vertes, rouges et oranges, rehaussées de broderies de fil d’or et de strass. Dans un silence impressionnant, les pachydermes s’alignent devant le palace. Le deuxième éléphant porte une sorte de kiosque. On y appose un escalier mobile, deux grooms y grimpent, écartent les rideaux. Un colosse en smoking, enturbanné de bleu marine, offre son bras à une femme en sari blanc, une immense fleur rose sur l’épaule gauche.

— Un maharadjah, me souffle Gross.

Les éléphants disparaissent dans l’ombre, tandis que le couple princier entre dans le hall de l’hôtel, entouré de gardes et de serviteurs. Presque immédiatement, une calèche découverte s’arrête devant le perron. À notre surprise, les portières sont frappées aux armes de la République française et à côté du cocher flotte un fanion tricolore.

L’ambassadeur de France, viens ! me glisse Charles Gross qui m’entraîne de l’autre côté de l’avenue. Un monsieur élégant, encore jeune, descend de voiture. Gross applaudit et crie :

— Bravo !

Un majordome veut le faire taire, mais déjà le monsieur se dirige vers nous. Il nous serre la main et questionne :

— Français ?

Je fais un gros effort pour dire :

— Alsaciens.

Le monsieur nous donne l’accolade et se présente :

— François de Courcel-Delaunay, premier consul.

Le diplomate français nous entraîne sans façon à l’intérieur du palace, à la grande surprise du portier chef qui n’a pas l’habitude de voir débarquer des clients de notre style, barbus et cols boutonnés. Cela amuse visiblement notre hôte qui nous fait prendre place au bar américain : fauteuils de cuir et guéridons de marbre vert. On place des flûtes de champagne devant nous et on nous offre des petits cigares mexicains très noirs. M. de Courcel-Delaunay a l’art de mettre son monde à l’aise. Sans avoir l’air d’y toucher, il nous fait raconter nos campagnes militaires, nos années au séminaire. Il connaît fort bien la Mission de Bâle et nous donne même quelques indications supplémentaires concernant nos futurs ports d’attache. Il a l’amabilité de nous promettre de nous inscrire au consulat sur la liste des « Français de l’étranger ».

— N’hésitez pas, messieurs, à nous envoyer une dépêche si le besoin s’en fait sentir, voici ma carte…

Sur le coup de 10 heures du soir, le diplomate en personne nous reconduit jusqu’au perron de l’hôtel.

— Promettez-moi de venir nous voir lorsque vous êtes de passage ici !

 Bombay, au foyer de la London mission. nuit du 20 au 21 octobre 1871.

Je profite de la relative fraîcheur de la nuit, ici dans ma chambrette de la Mission anglaise, pour répondre à tous ces télégrammes trouvés à mon arrivée. Les sœurs diaconesses de Strasbourg, maman et Catherine et toute ma famille, et même une dépêche d’encouragement spéciale du cousin Jean Welsch. Cela m’a beaucoup touché ! Mais il y a aussi un mot amusant de la tribu Stucki. Même le pasteur Büchsenschütz, l’inspecteur de notre ordination missionnaire, de Charles Gross et moi, s’est débrouillé pour se procurer notre adresse et nous envoyer ses vœux pour notre travail ici.

Comme toujours, ma chère Caro a su trouver les mots qui me prennent le cœur. Mais elle a l’air de s’inquiéter fort de n’avoir pas été convoquée jusqu’à présent par le comité de Bâle pour l’enquête prénuptiale, obligatoire pour toutes les femmes de missionnaires. Pourtant, mon cher inspecteur Josenhans nous avait promis de suivre notre dossier et nous lui avions laissé une lettre de confirmation dans ce sens. Moi non plus, je ne comprends pas très bien.

La nuit s’avance, il faut dormir un peu. Demain, c’est le grand départ en brousse, d’abord avec Charles, ensuite sans lui ! Les mystères des Indes se referment sur nous, et pour longtemps.

 Karabandjal, nuit du 21 au 22 octobre 1871.

Ce matin, avant l’aube, nos douze chars à bœufs étaient alignés devant le siège de la Mission de Bâle à Bombay. Munis de lanternes, Uli Unterwalder, notre guide Moïse Mushdonheri, Charles et moi avons une dernière fois répertorié et vérifié tous les colis, les nôtres et ceux de la Mission, deux fois plus nombreux que les bagages privés. Encore suis-je privilégié par rapport à mon ami Gross, car je transporte avec moi quelques caisses « supplémentaires », des dons de mes bons amis dont l’aide m’émeut beaucoup : la Croix-Rouge suisse, les diaconesses de Strasbourg, la maison de commerce « Kolonialwaren W. Stucki und Cie », l’association des Commerçants de Bâle-Ville.

Installés vaille que vaille à l’arrière du deuxième char sur des sacs de riz et à l’ombre de la bâche arquée par-dessus chacun de nos fourgons, nous quittons Bombay au moment même où la rumeur de la grande métropole s’éveille. Plus que jamais, nous sentons le côté définitif de ce départ.

Ce soir, à la tombée du jour, ce n’est pas encore le bivouac. Karabandjal, un village ami de la Mission de Londres, nous accueille pour la nuit. Charles et moi partageons une petite case en bambou, couverte de feuilles de palmier tressées, complètement noircies à l’intérieur par le feu que l’on y entretient sans doute les nuits de grande mousson. Étendu sur la natte, Charles grignote des galettes de mil et des figues. J’en ai fait autant et maintenant j’ai pris possession d’un hamac finement tressé. Au-dessus de ma tête, une lampe à pétrole — une rareté à la campagne — me permet d’écrire. Je tiens mon journal de bord et je commence une lettre pour Caro qui sera longue, puisque, à la fin de ce voyage, je compte la remettre à Mushdonheri qui pourra la poster à son retour à Bombay. Entre temps, mon ami Gross essaye de dormir. Mais cela ne lui réussit pas, malgré la fatigue. Il grogne :

— Ces chiens et ces coqs, ça commence à bien faire !

Je ne peux m’empêcher de rire.

— Mon pauvre ami, on voit que tu n’es pas de la campagne.

— Est-ce que dans ton patelin d’Alsace, les coqs chantent aussi la nuit ? Non évidemment… Tu vois Welsch, l’Inde est peut-être le pays des Bhagavad-Gîtâ (voir encadré p. 218), mais aussi celui où les animaux de basse-cour ont l’esprit mal tourné !

Là-dessus, nous avons quand même dormi paisiblement.

 Sur la piste, 22 octobre 1871.

Sous son chapeau de paille enfoncé jusqu’aux oreilles, Gross a l’air de somnoler. Mais de temps en temps sa pipe se met à nouveau à fumer. Quand on lui parle, il ne répond pas, il grogne. Pour passer le temps, je griffonne dans mon carnet une histoire coloniale entendue le lendemain de notre débarquement.

Depuis deux ou trois générations, peut-être davantage, une grande famille libanaise tient plusieurs commerces à Bombay. Peu avant l’ouverture du canal de Suez, le doyen, Théophile Djeliseh, a réuni tout le clan. Il leur dit « Mes fils, mes frères, nous allons construire une usine. » C’est ainsi que naquit Indian Food, une immense fabrique de boîtes de conserve, avec des centaines « d’intouchables » que l’on embauchait pour une bouchée de pain et à qui on apprenait le métier. Conserves de viande, de légumes, de confitures, de jus de fruits, le tout dûment préparé, mis en boîte selon la méthode la plus éprouvée de l’Allemand Liebig. L’honorable Djeliseh avait avant tout comme but de conquérir un très gros client : l’armée britannique ! Ce qui lui réussit assez bien. La police et quelques administrations suivirent. Une véritable mine d’or.

Et puis, un beau matin, ce fut la catastrophe. L’habituelle commission de contrôle anglaise découvrit que dans les boîtes de bœuf salé il manquait une demi-once de marchandises, le fond de la boîte en tôle étant plus légèrement épais que les parois, ce qui faisait le compte au point de vue poids. Mais pas au point de vue commerce. L’honorable Théophile Djeliseh eut beau protester de sa bonne foi, il fallut qu’il reprenne tout le lot de bœuf salé, qu’il paye une amende et qu’il fournisse au plus vite un lot de remplacement, conforme au devis cette fois-ci. Encore heureux qu’il ne perdit pas la clientèle de l’armée britannique, dont l’intendance était trop paresseuse pour chercher un autre fournisseur aussi commode que le Libanais qui fabriquait sur place.

Épilogue. Herr Uli Unterwalder, toujours à l’affût, en a profité pour racheter à un prix fort intéressant l’ensemble du lot refusé par les Britishs. Ce qui nous vaut, dans les caravanes missionnaires, d’être « indépendants du pays ». De toute façon, nous transportons des quintaux de riz. Nous mangeons désormais du bœuf en boîte… tous les jours. Mais voilà : M. Unterwalder nous a dit « Vous ne vivrez sur le pays qu’une fois arrivés sur votre station. Je ne veux pas de missionnaires malades avant même le début de leur travail. » Nous transportons même notre eau dans un grand caisson bien isolé. Seules les sources sûres servent à faire le plein.

 Au bivouac, 22 au 23 octobre 1871.

Première nuit de vrai bivouac. On a détaché les bœufs et tiré une corde entre quelques arbres pour leur faire un enclos, cela évite de les attacher pour la nuit. Nos chars sont formés en un demi-cercle qui est ouvert du côté de l’enclos à bœufs, ces animaux sont, paraît-il, de bons gardiens. De plus, les conducteurs de garde ont allumé deux grands feux qui vont brûler toute la nuit. Tous les autres, guide, conducteurs de char, missionnaires, chacun de nous s’est muni d’une moustiquaire qu’il a installée vaille que vaille sous un char à bœuf. C’est une habitude, il y a même des crochets prévus pour cela dans le plancher au-dessus de nos têtes. Les nattes ne sont pas bien épaisses, mais d’être étendu là, cela vaut cent fois les cahots de la route qui, à la longue, ont raison des meilleures bonnes volontés. Que Dieu nous garde pendant cette nuit.

À l’aube, pour éviter la plus grosse chaleur, nous repartons immédiatement au pas lent de nos animaux, après avoir ingurgité notre premier repas, arrosé heureusement de thé brûlant.

 Sur la piste, en fin d’après-midi, 23 octobre 1871.

Tout à l’heure, il vient de se produire un intermède assez inattendu. Depuis Bombay, Gross et moi occupons le fond du fourgon n° 2. Depuis ce matin, la bâche est brûlante au-dessus de nos têtes. Les conducteurs mouillent la toile, lorsqu’un point d’eau est accessible, ce qui est rare ; cela fait baisser la température pour un certain temps. Un moment donné la piste est tellement mauvaise qu’il devient impossible de lire ou d’écrire. Cela excite la mauvaise humeur de Gross qui râle à propos de tout et de rien. Il m’interpelle un moment donné pour critiquer les repas. Dieu sait que cela manque de variété : trois fois par jour, une pâte de riz arrosé de beurre fondu, accompagnée d’une boîte de bœuf salé, toujours et encore la même. Après trois jours de ce régime, mon collègue n’a plus envie de rire. Moi non plus, mais enfin ! J’essaye de lui rappeler que nous avons vécu pire que cela pendant la guerre. Il trouve que ce n’est pas un argument et commence à rêver de la cuisine indoue qui, d’après lui, est une des meilleures du monde et à laquelle nous n’avons pas accès. Il a lu ça dans un livre. Il finit par se taire et allumer encore une pipe. Derrière nous progresse le char n° 3. Juste devant les museaux de ses bœufs, marche leur conducteur, Bana, qui est aussi notre cuisinier à tous. Histoire de me dégourdir les jambes, je saute de mon perchoir et je me mets à marcher à côté de lui. Nous avançons en silence pendant un long moment. Puis Bana finit par m’aborder, un peu intimidé semble-t-il. En un anglais très doux, il murmure à côté de moi :

— Je suis au regret si les padris trouvent qu’ils ne mangent pas bien. Mais le patron suisse a donné des consignes sévères, alors je les applique… Seulement, sans désobéir, on peut quand même s’arranger. Par exemple, les deux padris me cèdent leur ration de riz de la journée. En contrepartie, je leur fais pour le matin ou le soir, des galettes de pain, à la farine de millet. Je peux aussi servir le bœuf chaud, parfumé au gingembre. Je ne propose pas de curry ni de garam masala, les padris n’ont pas l’habitude, surtout par cette chaleur.

Je suis sidéré. Je mets un moment à répondre :

— Ce sont là de bonnes propositions, Bana. Je pense que mon collègue sera d’accord autant que moi. Mais comment sais-tu… ?

Le sourire de Bana s’élargit.

— Vous avez parlé le français. C’est presque ma langue maternelle. Je suis de Mahé et j’ai été à l’école des Pères français. J’ai même été enfant de chœur. Mais maintenant, j’ai donné ma foi à notre Seigneur, le Dieu très aimant de Bâle. Seulement, quand j’entends parler le français, cela me réchauffe le cœur. Ma mère parlait souvent le français avec nous. Vous êtes Français et vous êtes missionnaires tous les deux de la Mission de Bâle. Je ne comprends pas très bien.

J’ai expliqué, comme j’ai pu, tout en marchant, notre situation d’Alsaciens. Bana a-t-il compris ? Il m’a en tout cas répondu :

— Je suis triste pour les padris, si leur province a été saccagée par la guerre. La guerre, c’est très mauvais, c’est pire qu’un cyclone. Maintenant que je sais, je vais prier pour vous et vos familles.

Je l’ai remercié chaleureusement.

 Au bivouac, 23 octobre 1871.

On imagine la tête de mon ami Charles, au bivouac, lorsque le repas du soir lui fut présenté. Alerté sans doute par le cuisinier, notre guide Mushdonheri est venu nous apporter un supplément : des melons d’eau sauvages qu’il avait cueillis pour nous. Il nous assure que nous pouvons les manger sans danger, à condition de ne pas mettre la pulpe en contact avec une eau douteuse. Nous avons remercié nos bienfaiteurs indous à la mesure de notre soulagement culinaire ! Mais notre guide reste à proximité. Il attend sagement la fin de notre repas pour me faire signe et me prendre à part :

— Sahib (marque de respect s’adressant particulièrement aux Européens), nous allons prendre des dispositions spéciales pour la nuit. Tu verras. J’ai cru me rendre compte que tu possédais des fusils. Peux-tu mettre l’un deux en état de tir pour cette nuit ? La panthère rode parfois par ici. Ce n’est pas certain, mais on ne sait jamais.

Je suis en effet « l’heureux » propriétaire de deux fusils. J’ai acheté moi-même le plus léger des deux, lorsque j’ai touché un pécule en rentrant de la guerre. Je ne voulais par partir outre-mer sans une arme de chasse. L’autre, plus lourd, un Smith & Wesson original, un somptueux cadeau du sénateur Stucki. En riant, il m’avait précisé :

— En souvenir d’une certaine fusillade depuis les fenêtres de la résidence !

Heureusement, j’avais, avant de partir, fait quelques essais de montage et de démontage. Mais je n’avais, faute d’un stand de tir adéquat, jamais essayé cette arme pour de bon avant mon départ. J’ai donc fait, le fusil une fois monté, quelques essais de chargement.

Pendant ce temps, Moïse Mushdonheri et ses hommes procèdent à un remue-ménage général. Quand je lève enfin les yeux, le camp a complètement changé d’aspect. Il forme maintenant une sorte de triangle, dont deux côtés sont constitués par les fourgons. Le troisième côté, parallèle à la forêt que nous avons longée toute l’après-midi, est marqué par une corde d’une trentaine de mètres, dont les extrémités sont fixées à des arbres de bonne taille. Tous nos bœufs sont alignés, le licou relié pour chacun à la corde par une assez longue chaîne, de façon qu’ils ne se gênent pas réciproquement et puissent éventuellement se coucher pendant la nuit.

Pour le moment, ces magnifiques animaux, blancs ou gris clair, sont tous debout, leurs cornes galbées se touchant presque. Une véritable ligne de défense devant notre camp de chariots, où, comme chaque soir, on allume des feux. Je ne résiste pas à l’envie de passer en revue la ligne impressionnante de nos défenseurs. Quand les conducteurs se rendent compte que je m’approche de leurs bêtes, ils se mettent à crier, comme pour m’avertir, sauf Bana qui fait signe à Mushdonheri qu’il n’y a pas de risque. En effet, je caresse le museau des bœufs en leur parlant doucement. Ils sont tous très calmes. Lorsque, le fusil à la bretelle, je reviens tranquillement vers nos feux, notre guide m’interroge.

— Comment fais-tu, sahib, pour que les bêtes soient aussi tranquilles à ton approche ? D’habitude, lorsqu’elles sont à l’attache comme maintenant, il ne vaut mieux pas les approcher quand on ne les connaît pas.

Bana, qui a tout compris, rit aux éclats. Sur un signe d’approbation de ma part, il donne l’explication :

— Toute l’après-midi le padri a marché avec moi près des bêtes. Il n’arrêtait pas de leur caresser les flancs mouillés de sueur. Alors ses mains, mes frères, ça doit drôlement sentir le bœuf !

Rire général et applaudissements.

Autour du feu, le repas s’organise. Ce soir, conducteurs et padris mangent tous la galette. Sauf que les Indous les trempent dans une sauce forte dont la seule odeur vous prend la gorge. Pour nous, Bana a confectionné des boulettes de viande, discrètement parfumées à la cannelle. Mon ami Gross est réconcilié avec le monde, mais regrette de ne pas être armé, lui aussi. Je lui propose mon autre fusil, il accepte volontiers. Moïse Mushdonheri vient s’asseoir près de nous. Très grand seigneur, il accepte le petit cigare que Gross lui offre. Il nous donne quelques instructions pour la nuit.

— Je vois que les padris sont prêts à la défense. Je les en remercie. Mais ce que nous faisons, ce ne sont que des mesures de précaution. Quand un convoi s’arrête ici, la panthère n’est pas toujours au rendez-vous. Mais il vaut mieux être prudent. D’ailleurs, il n’y a pas d’exemples que le fauve se soit jeté sur un groupe d’hommes ou d’animaux. Il faut éviter d’être isolé, voilà. C’est donc ma première consigne pour cette nuit. Que personne, même armé, ne s’éloigne du camp. Ma seconde : que mes amis les missionnaires ne tirent pas sans un signe de ma part. Un accident est vite arrivé.

Après ces fortes paroles, chacun est allé rejoindre le dessous de son char et y a arrangé sa moustiquaire. J’ai encore recommandé à Charles de contrôler que son fusil est bien déchargé et de le garder près de lui. Il a grogné que lui aussi avait fait la guerre, qu’il n’était pas un débutant ni un imprudent. Peu à peu, le silence s’est établi autour de nous. Le conducteur de garde fait le moins de bruit possible en entretenant le feu. Sous ma moustiquaire, au ras du sol, dans l’épais tapis de feuilles mortes en train de se décomposer, c’est toute une vie d’insectes, de lézards multicolores, des envols de papillons de nuit. Maintenant que tout est calme, les oiseaux nocturnes se font entendre. Plusieurs hiboux, et d’autres que je ne connais pas.

J’ai dû m’assoupir. Quelqu’un remue ma moustiquaire. C’est notre guide.

— Entends-tu, sahib ?

En effet, il y a un appel lointain, là, devant nous dans la forêt. Silence. L’animal a dû se rapprocher, car maintenant on entend distinctement une sorte de ricanement auquel répond un autre, tout proche. Je souffle :

— Hyènes ?

Mushdonheri fait un signe négatif.

— Non, chacals. Ils suivent le grand fauve, en espérant profiter d’un festin de rapine, éventuellement.

Le guide va réveiller Gross et lui demande de se poster derrière nous, à la pointe du triangle formé par nos chariots. Il m’installe dans le tout premier, à gauche de la rangée des bœufs. Ces derniers commencent à se lever, les uns après les autres. Leurs longs museaux clairs hument fortement l’air en direction de la forêt. Quelques-uns mugissent sourdement. Les chacals semblent aller et venir le long de la lisière, sous les grands arbres couverts de lianes que nous voyons un peu grâce à la lueur de nos feux de garde. Tout à coup, une fuite éperdue, les chacals disparaissent dans l’obscurité totale du sous-bois. Nos bœufs secouent leurs chaînes. Notre guide me souffle :

— La voilà, surtout ne tirez pas !

En effet, de l’autre côté de la clairière, presque entièrement à l’ombre, on devine une panthère noire de bonne taille. Lentement, elle tourne la tête vers la rangée claire de nos bœufs. Ceux-ci mugissent maintenant tous sourdement, et de plus en plus fort. Le fauve répond par un feulement dédaigneux et disparaît, lui aussi, dans la profondeur de la forêt. Nous restons encore en place une demi-heure. Nos bovidés se calment les uns après les autres, certains sont couchés. Le danger semble bien passé. Tout le monde se retrouve près des feux, au centre du dispositif. Gross en veut un peu à Mushdonheri de n’avoir rien vu du tout. Mais comme personne n’a vu grand-chose… Nous buvons en silence le thé au jasmin brûlant que Bana nous sert dans nos gobelets individuels. Un magnifique hibou grand-duc blanc et fauve passe au-dessus de nos têtes et va se poser sans façon à faible distance, sur un viel eucalyptus qui a l’air d’être son perchoir habituel. Charles Gross et moi proposons à notre guide de veiller à tour de rôle avec le gardien du feu. Mushdonheri estime que le danger est définitivement passé, mais par prudence, accepte quand même notre offre. Nous tirons à la courte paille. Gross passe en premier. Je vais m’étendre avec un vrai plaisir sous ma moustiquaire. Mais le sommeil ne vient pas. Je pense à ma chère Caro qui, dans un an, devra faire le même voyage. J’en frémis, même si je la sais courageuse et résolue, surtout dans les moments difficiles. Le sommeil vient lorsque le jour n’est plus très loin. Allons, il faut relayer l’ami Gross.

 

En forêt, 25 octobre 1871, au bivouac de Maningué.

Voilà deux jours que la forêt tropicale s’est entièrement fermée sur notre convoi. Le soleil ne darde plus ses rayons sur nos bâches, il est loin, très loin au-dessus des cimes des arbres géants qui nous dominent sans discontinuer. Mais fait-il vraiment moins chaud ? Il fait moite, une humidité verte accompagne une pénombre ininterrompue. Un animal invisible, là-haut au-dessus de nos têtes, émet un bruit étrange, comme si l’on vidait constamment des paniers de noix sur le sol.

— C’est le toucan, le croqueur de poivre, me dit-on.

Je marche en tête avec Mushdonheri qui a attaché son âne derrière le premier fourgon où il trottine bravement, tandis qu’on lui charge sur le dos le bois mort que l’on trouve en passant, car c’est cela le contraste de cette forêt immense : il n’est pas toujours facile d’y trouver du bois suffisamment sec pour mettre en route nos feux du soir, alors on ramasse ce que l’on trouve le long de la piste. Un peu plus en arrière, on entend parler le français. C’est Charles Gross et Bana qui échangent des recettes de cuisine. Ils sont ravis autant l’un que l’autre. Nos conducteurs chantonnent des complaintes douces, au rythme lent de nos bœufs qui avancent avec peine, tant le sol est mou, par moment presque fangeux. Les larges roues de bois de nos lourds chariots s’enfoncent parfois dangereusement. Jusqu’à présent, aucun véhicule ne s’est encore enlisé, mais c’est un risque presque permanent. Une bande de perroquets jacassant nous accompagne pendant un moment, en faisant des acrobaties entre les plus hautes branches. C’est ce matin seulement que nous avons vu les premiers singes, des macaques horriblement bruyants qui ont l’air de sauter de cimes en cimes. Tout à coup, ils prennent la fuite en poussant des cris de terreur. En effet, d’autres singes, plus grands, au pelage sombre, ont pris la relève et nous gratifient de bouts de bois qui leur servent de projectiles.

Nous sommes arrivés ici, au lieu-dit Maningué. Tout à coup la forêt s’est ouverte sur une grande clairière, entrecoupée de curieux alignements de pierres. Nous sommes entourés par les ruines d’un grand domaine agricole établi ici par les Portugais au xvie siècle. On y cultivait le thé et les épices que l’on expédiait ensuite ssur la côte, vers les ports de Bassein et de Thana. Un certain temps, un petit groupe de pères jésuites était venu se joindre aux exploitants agricoles. Des restes assez bien conservés d’une chapelle témoignent de cette époque. Notre campement est établi là où se trouvait jadis une sorte de cour centrale et nos feux éclairent la façade d’une ancienne maison de maître qui, ce soir, nous sert de décor, avec comme arrière- fond les arbres immenses de la forêt. C’est assez impressionnant. Tout à l’heure une délégation de nos conducteurs est venue nous trouver.

— Padris, dans ce convoi tout le monde est chrétien, quoique venu de Missions différentes. Mais, Dieu soit loué, il n’y a qu’un seul Jésus dans les cieux et sur la terre. Comme nous avons la chance d’avoir avec nous des hommes de religion comme vous, nous vous demandons avec insistance d’organiser demain matin à l’aube des prières dans la chapelle. Nous en serions tous très heureux.

Nous avons évidemment accepté et avant de nous glisser sous nos moustiquaires, nous avons pris, Charles et moi, quelques dispositions pour ce moment de recueillement du lendemain.

 

À Maningué, à l’aube, 26 octobre 1871.

Nous sommes tous venus nous recueillir ici, entre les murs de cette chapelle à ciel ouvert, devant un petit autel tout écorné sur lequel l’un de nos hommes a dressé une croix pendant la nuit. On entend des chants d’oiseaux, bientôt relayé par un cantique en kannara repris en chœur sur l’invite de notre cuisinier Bana. Mushdonheri lit dans l’Évangile de Jean l’histoire de Jésus, le bon berger. Gross prêche brièvement sur ce même texte, en un anglais très simple que tout le monde comprend ici. J’invite à la prière du Notre Père, chacun dans sa langue. Ensuite, je bénis la petite assemblée en kannara, aussi bien que je le peux, j’en ai la sueur au front. Spontanément, nos Indous entonnent un dernier chant, très doux et très prenant.

Il nous reste à lever le camp, comme chaque matin. Dieu voulant, nous sommes dans deux jours à Hubli, chef-lieu régional de la Mission de Bâle. Nous y attendent le missionnaire suisse Ziegler et sa femme, ainsi que notre collègue Thumm. C’est ici aussi que nos chemins vont se séparer. Charles Gross ira à Tchorhalli et moi à Dharwar, nos stations respectives, pour quelques années sans doute.

 

 

Martin Luther

(1483-1546)

 

« Je ne puis ni ne veux rien rétracter, car il n’est ni sûr ni honnête d’aller contre sa conscience. » M.L.

 

Avec la Réforme luthérienne s’ouvre, dans la seconde moitié du XVIe siècle, une nouvelle ère religieuse et politique en Europe occidentale.

Naissance de Martin Luther dans une famille de la petite bourgeoisie, à Eisleben, ville de l’ancienne République démocratique allemande. En 1967, l’État communiste s’est associé de façon remarquée au 450e anniversaire de l’affichage par Luther, le 31 octobre 1517 à Wittenberg, de ses 95 thèses, acte fondateur de la Réforme, appelée aussi Réformation, qui, dès l’année suivante, en 1518, allait atteindre les milieux cultivés.

À 17 ans, M.L. entreprend des études de droit à Erfurt.

À 22 a., il devient moine augustin : « afin de devenir vraiment chrétien ».

À 24 a., il est ordonné prêtre.

À 27 a., il séjourne à Rome où il se trouve scandalisé par la vie mondaine de la curie romaine.

À 29 a., il est docteur en théologie et sous-prieur du couvent de Wittenberg.

À 34 a., il proclame ses 95 thèses dirigées contre la prédication des indulgences par les dominicains, mettant ainsi en cause l’autorité du pape et du concile.

À 38 a., il est excommunié à son corps défendant. Convoqué à la diète (assemblée politique) de Worms, il refuse de se rétracter. Suivent sa mise au ban de l’Empire, puis son entrée dans la clandestinité au château de la Wartburg, protégé par le prince électeur de Saxe.

À 42 a., ayant quitté l’habit monastique, il épouse une ancienne religieuse cistercienne, Katharina von Bora, dont il aura six enfants.

À 63 a., M.L. meurt, laissant derrière lui le souvenir d’un homme aux activités multiples : théologien, poète, musicien, et, selon des témoins, bon vivant.

À l’origine de la Réformation, il y a l’expérience spirituelle et singulière de Luther dans sa cellule monacale, cherchant une réponse à son angoisse existentielle, celle de se sentir, malgré une vie irréprochable, « pécheur devant Dieu », sans rémission possible. La réponse qu’il trouve, après une étude des Écritures, ds. le chapitre 1 de l’épître aux Romains de l’apôtre Paul, l’amène à la conclusion que : « C’est la foi seule, sans aucun concours des œuvres, qui confère la justice, la liberté », fondement théologique essentiel de la Réforme luthérienne aux conséquences théologiques et culturelles déterminantes.

La Confession d’Augsbourg, rédigée par Philipp Melanchton et remise à Charles Quint en 1530, constitue la confession de foi servant de référence aux Églises luthériennes.

 

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