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04/08/2012

DES RELIQUES ET DES HOMMES/3

PAYSAGES et VISAGES

du

MONOTHÉISME

   

Des reliques et des hommes

 

objets de culte

ou

culte des objets ?

 

Traité des reliques

Jean Calvin

(3e partie)


Commençons donc par Jésus-Christ duquel pource qu'on ne pouvait pas dire qu'on eût le corps naturel — car du corps miraculeux ils ont bien trouvé la façon de le forger, voire en tel nombre et toutes et quantes fois que bon leur semblerait —,  on a amassé, au lieu, mille autres fatras pour suppléer ce défaut. Combien encore qu'on n'a pas laissé échapper le corps de Jésus-Christ sans en retenir quelque lopin. Car, outre les dents  et les cheveux, l'abbaye de Charroux, au diocèse de Poitiers, se vante d'avoir le prépuce, c'est-à-dire la peau qui lui fut coupée à la circoncision [rite auquel fut soumis Jésus huit jours après sa naissance, comme tout juif, et au cours duquel il reçut son nom]. Je vous prie, dont est-ce que leur est venue cette peau ? L'évangéliste saint Luc [2, 21] récite bien que notre Seigneur Jésus a été circoncis, mais que la peau ait été serrée [mise à l’abri] pour la réserver en relique, il n'en fait point de mention. Toutes les histoires anciennes n'en disent mot. Et par l'espace de cinq cents ans il n'en a jamais été parlé en l'Église chrétienne. Où est-ce donc qu'elle était cachée, pour la retrouver si soudainement ? Davantage, comment eût-elle volé jusqu'à Charroux ? Mais pour l'approuver, ils disent qu'il en est tombé quelques gouttes de sang. Cela est leur dire, qui aurait métier de probation. Par quoi on voit bien que ce n'est qu'une moquerie. Toutefois, encore que nous leur concédions que la peau qui fut coupée à Jésus-Christ ait été gardée et qu'elle puisse être ou là ou ailleurs, que dirons-nous du prépuce qui se montre à Rome, à Saint-Jean de Latran ? Il est certain que jamais il n'y en a eu qu'un. Il ne peut donc être à Rome et à Charroux tout ensemble. Ainsi voilà une fausseté toute manifeste.

 Il y a puis après le sang, duquel il y a eu grands combats. Car plusieurs ont voulu dire qu'il ne se trouvait point du sang de Jésus-Christ, sinon miraculeux. Néanmoins il s'en montre de naturel en plus de cent lieux. En un lieu, quelques gouttes, comme à La Rochelle, en Poitou, que recueillit Nicodème [pharisien, membre du Sanhédrin. Il soutint Jésus au moment de son procès. Jean 7, 50-52] en son gant, comme ils disent. En d'autres lieux, des fioles pleines, comme à Mantoue, et ailleurs. En d'autres, à pleins gobelets, comme à Rome, à Saint-Eustache. Même on ne s'est pas contenté d'avoir du sang simple, mais il l'a fallu avoir mêlé avec l'eau, comme il saillit de son côté quand il fut percé en la croix. Cette marchandise se trouve en l'église Saint-Jean de Latran, à Rome. Je laisse le jugement à chacun quelle certitude en peut avoir. Et même, si ce n'est pas mensonge évident de dire que le sang de Jésus-Christ ait été trouvé sept ou huit cents ans après sa mort, pour en épandre par tout le monde, vu qu'en l'Église ancienne jamais n'en a été mention.

 Il y a puis après ce qui a touché au corps de notre Seigneur, ou bien tout ce qu'ils ont pu ramasser pour faire reliques en sa mémoire au lieu  de son corps. Premièrement la crèche en laquelle fut posé à sa nativité se montre à Rome en l'église Notre-Dame la Majeure. Là même, en l'église Saint-Paul, le drapeau [linge] dont il fut enveloppé, — bien qu'il y en a quelque lambeau à Saint-Salvador en Espagne. Son berceau est aussi bien à Rome,  avec la chemise que lui fit la Vierge Marie sa mère. Item, en l’église Saint-Jacques à Rome, on montre l'autel sur lequel il fut posé au temple à sa présentation [Luc, 2, 22-23], comme s'il y eût lors plusieurs autels, ainsi qu'on en fait à la papauté tant qu'on en veut. Ainsi en cela ils mentent sans couleur. Voilà ce qu'ils ont eu pour le temps de son enfance. Il n'est jà [à présent] métier [nécessaire] de disputer beaucoup où c'est qu'ils ont trouvé tout ce bagage, si longtemps depuis la mort de Jésus-Christ. Car il n'y a nul de si petit jugement qui ne voie la folie. Par toute l'histoire évangélique, il n'y a pas un seul mot de toutes ces choses. Du temps des apôtres, jamais on n'en ouit [entendit] parler. Environ cinquante ans après la mort de Jésus-Christ, Jérusalem fut saccagée et détruite [par les occupants romains, en + 70]. Tant de docteurs anciens ont écrit depuis, faisant mention des choses qui étaient de leur temps, même de la croix et des clous qu'Hélène [voir en infra] trouva. De tout ce menu fatras, ils n'en sonnent [disent] mot. Qui plus est, du temps de saint Grégoire [540-604. Pape, docteur de l’Église], il n'est point question qu'il y eût rien de tout cela à Rome, comme on voit par ses écrits. Après la mort duquel Rome a été plusieurs fois prise, pillée et quasi du tout ruinée. Quand tout cela sera considéré, que saurait-on dire autre chose, sinon que tout cela a été controuvé [inventé] pour abuser le simple peuple ? Et de fait, les cafards [faux dévots], tant prêtres que moines, confessent bien que ainsi est, en les appelant pias fraudes [italien = pieuses fraudes] c'est-à-dire des tromperies honnêtes, pour voir le peuple à dévotion.

 Il y a puis après les reliques qui appartienent au temps entre l'enfance de Jésus-Christ jusqu’à sa mort. Entre lesquelles est la colonne où il était appuyé en disputant au temple, avec onze semblables du temple de Salomon [Xe s. av. è.c. Troisième roi d’Israël, fils et successeur de David]. Je demande qui c'est qui leur a révélé que Jésus-Christ fût appuyé sur une colonne, car l'évangéliste n'en parle en racontant l'histoire de cette dispute. Et n’est pas vraisemblable qu'on lui donnât lieu comme à un prêcheur, vu qu'il n'était pas en estime ni autorité, ainsi qu'il appert [apparaît]. Outre plus, je demande encore qu'il fût appuyé sur une colonne, comment est-ce qu'ils savent que ce fût celle-là ? Tiercement, dont [d’où] est-ce qu'ils ont eu ces douze colonnes qu'ils disent être du temple de Salomon ?

 II y a puis après les cruches où était l’eau que Jésus-Christ changea en vin aux noces de Cana [Jean, 2, 1-11] de Galilée, lesquelles ils appellent hydries [vases grecs à trois anses. (Robert)]. Je voudrais bien savoir qui en a été le gardien par si longtemps pour les distribuer. Car il nous faut toujours noter cela, qu'elles ont été trouvées seulement huit cents ans ou mille après que le miracle a été fait. Je ne sais point tous les lieux où on les montre. Je sais bien qu'il y en a à Pisé, à Ravenne, à Cluny, à Angers, à Saint-Salvador, en Espagne. Mais, sans en faire plus long propos, il est facile, par la vue seule, de les convaincre de mensonge. Car les unes ne tiennent point plus de cinq quartes [mesure de capacité variable selon les provinces] de vin, tout au plus haut ; les autres encore moins, et les autres tiennent environ un muid [voir note précédente]. Qu'on accorde ces flûtes [contradictions], si on peut, et lors je leur laisserai leurs hydries sans leur en faire controverse. Mais ils n'ont pas été contents seulement du vaisseau [vase], s'ils n'en avaient quand et quand le breuvage. Car à Orléans, ils se disent avoir du vin, lequel ils nomment de l'architriclin [celui qui présidait à l'ordonnance d'un festin dans la Rome antique. (Robert)], qui est à dire maître d'hôtel ; il leur a semblé avis que c'était le nom propre de l'épousé, et entretiennent le peuple en cette bêtise. Une fois l'an, ils font lécher le bout d'une petite cuiller à ceux qui leur veulent apporter leur offrande, leur disant qu'ils leur donnent à boire du vin que notre Seigneur fit au banquet, et jamais la quantité ne s'en diminue moyennant qu'on remplisse bien le gobelet. Je ne sais de quelle grandeur sont ses souliers, qu'on dit être à Rome au lieu nommé Sancta Sanctorum, et s'il les a portés en son enfance étant déjà homme. Et quand tout est dit, autant vaut l'un que l'autre. Car ce que j'ai déjà dit montre suffisamment quelle impudence c'est de produire maintenant les souliers de Jésus-Christ,que les apôtres même n'ont point eu de leur temps.

 Venons à ce qui appartient à la Cène [latin : cena = dîner. Matthieu, 26, 26-29] dernière que Jésus-Christ fit avec ses apôtres. La table en est à Rome, à Saint-Jean de Latran. Il y en a du pain à Saint-Salvador, en Espagne. Le couteau dont fut coupé l'agneau pascal est à Trêves. Notez que Jésus-Christ était en un lieu emprunté quand il fit sa Cène. En partant de là, il laissa la table ; nous ne lisons point que jamais elle ait été retirée par les apôtres. Jérusalem, quelque temps après, fut détruite, comme nous avons dit. Quelle apparence y a-t-il d'avoir trouvé cette table sept ou huit cents ans après ? Davantage, la forme des tables était lors toute autre qu'elle n'est maintenant ; car on était couché au repas, et non pas assis, ce qui est expressément dit en l'Évangile. Le mensonge donc est trop patent. Et que faut-il plus ? La coupe où il donna le sacrement de son sang à boire à ses apôtres se montre à Notre-Dame de l'Ile, près de Lyon, et, en Albigeois, en un certain nombre de couvents d'augustins [ordre mendiant, fondé au Ve s.]. Auquel croira-t-il ? Encore est-ce pis du plat où fut mis l'agneau pascal, car il est à Rome, à Gênes, et en Arles. Il faut dire que la coutume de ce temps-là était diverse de la nôtre. Car au lieu qu'on change maintenant de mets, pour un seul mets, on changerait de plat ; voire si on veut ajouter foi à ces saintes reliques. Voudrait-on une fausseté plus patente ? Autant en est-il du linceul [toile de lin] duquel Jésus-Christ torcha [essuya] les pieds de ses apôtres, après les avoir lavés. Il y en a un à Rome, à Saint-Jean de Latran, un autre à Aix en Allemagne, à Saint-Corneille, avec le signe du pied de Judas. Il faut bien que l'un ou l'autre soit faux. Qu'en jugerons-nous donc ? Laissons les débattre l'un contre l'autre, jusques à ce que l'une des parties ait vérifié son cas. Cependant, estimons que ce n'est que tromperie de vouloir faire accroire que le drap que Jésus-Christ laissa au logis où il fit sa Cène ou six cents ans après la destruction de Jérusalem soit volé en Italie ou en Allemagne.

 J'avais oublié le pain dont miraculeusement furent repus les cinq mille hommes au désert, duquel on en montre une pièce à Rome, en l’église Notre-Dame la Neuve, et quelque petit à Salvador, en Espagne. Il est dit en l'Écriture qu’il y eut quelque portion de manne réservée, pour souvenance que Dieu avait nourri miraculeusement le peuple d'Israël au désert [La Bible, Exode 16, 15]. Mais des reliefs qui demeurèrent des cinq pains, l'Évangile ne dit point qu'il en fut rien réservé à telle fin, et n’y a nulle histoire ancienne qui en parle, ni aucun docteur de l'Église. Il est donc facile de juger qu’on a pétri depuis ce qu'on en montre maintenant. Autant en faut-il juger du rameau qui est à Salvador, en Espagne. Car ils disent que c'est celui que tenait Jésus-Christ quand il entra en Jérusalem, le jour de Pâques fleuries. Or, l'Évangile ne dit pas qu'il en tînt ; c'est donc une chose controuvée [inventée]. Finalement, il faut mettre en ce rang une autre relique qui se montre là-même : c'est de la terre où Jésus-Christ avait les pieds assis quand il ressuscita le Lazare. Je vous prie, qui est-ce qui avait si bien marqué la place qu'après la destruction de Jérusalem, que tout était changé au pays de Judée, on ait pu adresser au lieu où Jésus-Christ avait une fois marché ? (À suivre).

 

 NOMS ESSENTIELS  de la RÉFORME

et de ses

précurseurs

La Réforme ou Réformation apparue au XVIe s. en Europe occidentale dans les pays germanophones puis francophones résulte de la conjonction de différents facteurs : religieux (interrogations existentielles) ; culturel (montée des langues nationales en concurrence avec le latin, langue de l’Église) ; politique (volonté des élites et des pouvoirs locaux européens de s’affranchir de  la tutelle  pontificale ; technique (invention de l’imprimerie favorisant la diffusion de la pensée). On remarquera parmi les réformateurs et leurs précurseurs le nombre appréciable de religieux et de prêtres de l’Eglise catholique romaine et leur opposition ouverte à l’autorité papale.

PRéCURSEURS

Jan HUSS vers 1369-1415

Tchèque.

Universitaire et prêtre catholique dissident de la papauté.

Partisan d’une réforme de l’Église proche de celle prônée par Wiclif.

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Pierre VALDO vers 1130-1217

Français.

Marchand. Fondateur d’un mouvement de laïcs dissident de la papauté, pratiquant la pauvreté, prêchant le retour à l’Évangile seul.

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John WICLIF 1330-1384

Anglais.

Prêtre catholique dissident de la papauté.

Son projet d’une réforme radicale de l’Église catholique, la Réforme le réalisera près d’un siècle et demi plus tard.

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RÉFORMATEURS

Théodore de BÈZE 1519-1605

Français.

Lettré, propagateur etgrand diplomate de la Réforme calvinienne, successeur de Calvin à Genève.

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Martin BUCER 1491-1551

Alsacien.

Dominicain dissident de la papauté.

Précurseur de l’œcuménisme.

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Jean CALVIN 1509-1564

Français.

Universitaire

Depuis la République de Genève où il exerça un rôle à la fois religieux et politique, son œuvre a eu  une très grande influence sur le protestantisme mondial et sur l’évolution de la langue française.

Guillaume FAREL  1489-1565

Français

Universitaire. Introducteur de la Réforme à Genève, il fit appel à Calvin afin de la consolider.

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John KNOX vers 1514-1572

Écossais

Pasteur

Artisan d’une rupture radicale avec la papauté.

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Martin LUTHER 1483-1546

Allemand

Moine augustinien dissident de la papauté.

Principal initiateur de la Réforme à laquelle adhéra Calvin puis s’en distingua.

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Philipp MELANCHTON 1497-1560

Allemand

Principal collaborateur de Luther, fondateur de la dogmatique protestante luthérienne.

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 Pierre VIRET 1511-1571

Suisse francophone

Pasteur. Propagateur de la Réforme en Suisse et en France.

Il exerça à Nérac auprès de Jeanne d’Albret,  reine de Navarre, mère de Henri IV.

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Huldrych ZWINGLI 1484-1531

Suisse.

Prêtre catholique dissident de la papauté.

La plupart de ses thèmes ont été repris et développés par Calvin.

Sa conception de la Cène, différente de celle de Calvin, s’oppose nettement à celle de Luther.  

Sa pensée met l’accent sur les dimensions sociales et politiques du ministère ecclésiastique.

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